ISBN 9782859207823

19,00 EUR

309 pages

novembre 2008

Monsieur Ouine

La vie du livre Monsieur Ouine est aussi agitée et voyageuse que celle de Georges Bernanos. Commencé à Toulon en février 1931, abandonné et repris en décembre 1932, en partie perdu – une vingtaine de pages manuscrites qui seront à réécrire s’envolent de la sacoche de sa moto entre Aix et Marseille –, le roman, annoncé chez Plon pour 1935, est achevé en 1940 au Brésil après les pérégrinations de son auteur d’Espagne en Paraguay. Édité en 1943 chez Atlantica Editora par Charles Ofaire, un éditeur suisse installé à Rio, il paraît finalement à Paris chez Plon en 1946.
En 1943, trop occupé par son installation dans une fazenda du bout du monde, Bernanos a donné son accord à Ofaire sans corriger les épreuves. En juin 1945, à la veille de son retour en France, Bernanos remet à son ami un paquet volumineux et bien ficelé : « Gardez ça, si vous le voulez bien. Je ne peux pas le transporter en Europe, c’est trop encombrant. » Trois ans après la mort de Bernanos, da Cunha ouvre le paquet. Il y découvre des copies d’articles, le début d’un ouvrage que Bernanos envisageait d’écrire sur Martin Luther, et des dizaines de feuilles portant des passages inconnus de Monsieur Ouine. Venu en France, il les confie à Albert Béguin qui, en 1955, publie le roman dans sa totalité.
Paradoxalement, il naît une œuvre parfaitement construite et achevée avec, sur fond de crime non élucidé, un début – la rencontre d’un enfant et d’un homme –, une fin – la mort de l’homme et la solitude de l’enfant –, des épisodes intercalaires qui, par petites touches comme d’un tableau, éclairent le sujet du roman, sa raison d’être : la mort intellectuelle et spirituelle d’une communauté que symbolise la destruction de l’enfant Steeny par le génie du mal, Monsieur Ouine.
Mettre au point une telle fable, en maîtriser les différentes parties qui relatent les faits du quotidien d’un village où un crime suscite les suspicions et les dénonciations anonymes, pour finalement conduire le lecteurà la fin d’un monde par le truchement du désespoir d’un prêtre, ce n’est pas là de ces œuvres littéraires qui coulent aisément de la plume, surtout quand les problèmes matériels de la vie de tous les jours posés au père de famille s’ajoutent aux angoisses du romancier qui délaisse son œuvre pour d’autres dites alimentaires.
Avec le filtre du temps, Monsieur Ouine est aujourd’hui considéré comme le sommet de l’art de Georges Bernanos. D’abord titré La Paroisse morte, il s’agit à la fois d’un récit policieret d’une galerie de portraits où l’on retrouve les personnages bernanosiens déjà rencontrés dans les précédents romans. Comme une sorte de viscosité cachée, se trouve l’étrange ancien professeur Monsieur Ouine dont le corps est mou, l’esprit perdu et la souffrance terrible. On commence à lire ce roman dans la chaleur étouffante d’une journée d’été dans une maison morte – la maison d’un mort homonyme – pour le terminer autour du corps flasque et suintant de Monsieur Ouine.

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