ISBN 9782859209025

15,00 EUR

181 pages

juin 2012

Longtemps j’ai cru mon père immortel

Pour son retour à la poésie, Patrice Delbourg a choisi de se confronter au thème douloureux, et le plus souvent inévitable, de la perte du père. Ce recueil de textes brefs, disposés en forme de cyprès, se présente en un seul souffle au long de séquences égrenées sur les derniers jours d’une vie. Nous sommes à Vence, dans l’arrière-pays niçois, charmante cité des arts et des fleurs, comme la décrit le syndicat d’initiative… Dans le jardin d’une villa familiale, sur le perron, dans une chambre de clinique, dans les couloirs de l’hôpital, dans une maison dite de convalescence, à l’athanée… Salves courtes, haletantes, d’un agenda médical. Lyrisme sous perfusion, télégrammes de désarroi troués comme des cires à miel. Autant de souvenirs d’enfance, de tendresses embarrassées, mais aussi d’affrontements, d’incommunicabilité. Un père s’échappe par la fenêtre. Inexorablement la charpente lâche prise. Les pensées se brouillent comme le fond de la bouteille. Qui était-il donc le dab ? Ce corps jadis inaltérable que grignote maintenant le néant ? D’esquives en pirouettes, son fils ne s’en souvient bientôt plus. Dans une sorte de danse du scalp, les mots volent au chagrin ce qu’il y a de plus urgent. Dans la chambre ultime, les gestes simples font feu de tout bois pour remplir le vide du souffle. Un calembour masque une vieille pudeur. Une vacherie est une dernière preuve de tendresse. Les corps se tiennent à distance. Question de maintien. Même devant la faucheuse, difficile de baisser sa garde. Les gestes de réconfort des aides-soignantes remplacent les dernières volontés. Là-bas, sous les oliviers, les ombres tutélaires de Matisse, Dubuffet, Calet ou Gombrowicz, riverains vençois, n’atténuent rien de la désolation. Les derniers instants s’apparentent à une corrida. La corne de la mort joue à cachecache. Deux monolithes face à face. Les silences cognent à ciel ouvert. La vie perd ses repères. Derniers jours à cru. Le passé n’est d’aucun secours. Le travail de deuil, mes pauvres amis, quelle vaste connerie ! Dernière confrontation avec le gisant livide dans la pièce glacée du funérarium, juste avant la mise en bière. Fils unique, seul, désemparé.
En première ligne désormais.

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